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Ancient roman sex

Fresque représentant la sexualité, Maison des épigrammes, datant du règne de Néron.

La notion de sexualité n'existe pas dans l'Antiquité. Le sens que nous lui donnons aujourd'hui est empreint d'une influence judéo-chrétienne incontestable qui s'est lentement mise en place durant l'Antiquité tardive et qui a perduré dans l'imaginaire de la société occidentale. Quelque peu péjoratif, teinté d'une morale chrétienne et foncièrement puritaine, la sexualité implique une réalité totalement différente de celle, admise par consensus social, qui prévalait durant l'Antiquité.

Le caractère sacré de la sexualité Modifier

Comme le mot sexualité n'existe pas, on désigne l'ensemble des pratiques charnelles (impliquant stimulation des zones érogènes) sous l'appellation de « choses de Vénus » ou de « choses d'Éros ». À cet égard, la sexualité prend une dimension essentiellement religieuse, presque divinatoire. Éros étant une divinité primaire responsable de la vie et de l'expérience de la vie, lui faire des offrandes charnelles est tout simplement naturel, voire normatif. De cette façon, les relations sexuelles constituent une pratique divinatoire comme une autre, prenant partie d'un culte voué au dieu érotique. Dans un même ordre d'idée, faire l'amour constitue une louange faite à Aphrodite et l'honore, tout comme la procréation au sein d'un mariage légal rend hommage à Héra et à ses attributs divins.

Toutefois, la sexualité (tant chez les Grecs que les Romains) n'est pas dénuée de sens et s'inscrit dans un code moral et social complexe, en vigueur à la fois dans la sphère privée et dans la sphère publique.

La femme idéale et l'image de la matrona Modifier

Comme la culture écrite de l'histoire est l'apanage de l'élite, les écrits et archives qui ont survécu à l'épreuve du temps constituent la voix de l'aristocratie et de la nobilitas. Ainsi, ce sont les codes moraux et sociaux de l'élite de la société qui transparaissent dans les écrits, quoi que les pratiques du peuple ne soient pas totalement inconnues aux historiens.

Au sein de la nobilitas romaine transparaît l'idéal de la matrona. Autrement dit, les codes sociaux agissent pour faire tendre les femmes nobles à un certain modèle de beauté et de vertu. On attend de la femme idéale qu'elle

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Matrone romaine, fresque des thermes d'Herculanum.

se donne exclusivement à son mari, dans le cadre du mariage et dans le but de procréer et d'assurer la pérennité de la lignée paternelle. Dans le meilleur des cas, on souhaite que la matrone soit discrète, sorte en public vêtue de la palla afin d'éviter qu'elle ne devienne l'objet de convoitises. De plus, l'image de la univira (la femme qui n'a connu qu'un homme, son mari) constitue le pinacle de cette image idéalisée de la femme noble. Toutefois, ces canons ont une portée limitée. À quel point le modèle était imité et quelle influence véritable avait-il dans la haute-société romaine ? Certains historiens voient cet idéal comme une utopie et soutiennent que toutes aspiraient à projeter cette image sans réellement en observer les principes avec rigueur. C'est là qu'entre en scène l'importance capitale du rôle observé dans la sphère publique et de celui endossé dans la sphère privée.

L'institution du mariage et la sexualité intra et extraconjugaleModifier

La femme doit se marier jeune. Généralement, les femmes prennent époux dès qu'elles ont leurs règles et qu'elles sont en mesure de procréer (l'âge de la nubilité est généralement de 12 ans). De préférence, celles-ci doivent épouser un homme plus vieux qu'elles (socialement, on accepte qu'elle épouse un jeune garçon de 15 ans, mais idéalement, il devrait être beaucoup plus vieux). Les raisons des épousailles ne sont jamais liées à l'amour, mais sont souvent liées à la politique et aux ambitions des deux familles. Motifs d'ascension sociale, économiques ou politiques, les mariages entre membres de la nobilitas sont arrangés par les familles et célébrés le plus rapidement possible. Au même titre que le mariage, l'enfantement doit être rapide et nombreux, afin de préserver la gens, la lignée.

Si le mariage est un contrat dénué d'amour entre deux familles, il est également un important véhicule de la codification sociale et hiérarchique de la société romaine. On s'attend à ce que l'épouse soit une véritable matrona et qu'elle n'attire pas l'attention sur les problèmes rencontrés par le couple. Idéalement, elle doit respecter l'autorité de son mari qui est le pater familias et demeurer docile. Malgré l'autorité confiée au père (qui a le droit de vie ou de mort sur les gens de son foyer, incluant ses enfants et sa femme), la liberté des femmes romaines est beaucoup plus considérable que celle des femmes athéniennes. Les écrits de nombreux chroniqueurs et intellectuels de l'Antiquité témoignent de ces nombreuses libertés accordées aux femmes dans la société romaine. Si certains maris exerçaient un contrôle total sur leur épouse, ce n'était pas une généralité et certains laissaient une marge de manœuvre très grande à leur épouse. En outre, il est généralement admis que celles-ci puissent exercer une autorité morale sur leurs enfants (incluant les descendants mâles qui étaient tenus au respect devant leur génitrice), sur les esclaves de leur domus et qu'elles pouvaient avoir une grande influence au niveau politique et religieux. De plus, les femmes étaient généralement autorisées à socialiser avec d'autres gens de leur classe et à se rendre à des banquets et réceptions sans avoir eu l'autorisation de leur mari. En outre, l'autonomie de la femme noble romaine est caractérisée, d'une part, par la personnalité du mari. Certains étant plus autoritaires que d'autres. Si la domination coercitive est légale à Rome et que le pater familias possède théoriquement tous les droits sur sa femme, rares étaient ceux qui allaient jusqu'à condamner à mort leur épouse ou lui infliger des sévices corporels graves. Au fil des années, le statut de la femme romaine est grandement remanié et les règles en sont considérablement assouplies, jusqu'au règne d'Octave Auguste.


Le statut de la femme après les guerres puniquesModifier

Durant les guerres puniques, une partie de la population est sacrifiée sur l'autel de la guerre. Le vide démographique est immense. Leurs maris étant tombés au combat, plusieurs femmes de la noblesse deviennent les uniques régentes de leur foyer. Un peu plus tard, les purges syllaniennes amputent la République de plusieurs hommes politiques dont l'influence du nom perdure, allant jusqu'à conférer à leur femme une voix (d'importance relative) au Sénat. Jusqu'à un remaniement important de la législation durant le gouvernement augustinien (qui enlève beaucoup de privilèges et de droits aux femmes), les femmes romaines gagnent une influence plus considérable qu'au plus fort de la République. La période des imperatores (c'est-à-dire la période en cours sur l'I'Ro.) connaît donc l'accroissement du pouvoir des femmes et de leur liberté dans la sphère publique et privée.

Évolution des moeurs et des pratiques sexuellesModifier

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Le viol de Lucrèce, par Titien, peinture datant du XVIème siècle.

Étant donné qu'on considère le mariage comme une institution dont le but est de servir des intérêts dénués de sentiments, il est aussi admis que l'amour et le plaisir sexuel puissent se trouver en dehors du mariage. Si l'idéal de la matrona est bien présent, il n'est pas suivi à la lettre par la plupart des femmes qui souhaitent connaître le véritable amour et les plaisirs de la séduction extraconjugale. Si la visite des maisons de passe et des bordels est strictement interdite aux femmes, elle est, légalement, autorisée pour les hommes et est loin d'être mal vue. Si l'homme est capable de fournir des héritiers pour assurer la pérennité de sa gens, il a déjà prouvé sa virilité et a tous les droits de satisfaire ses appétits charnels avec des prostituées (femelles ou mâles). La femme, quant à elle, se satisfera surtout avec des esclaves et des gens inférieurs à son rang. Il est, toutefois, défendu de briser les liens sacrés du mariage en partageant la couche d'un autre citoyen (de même classe sociale), surtout s'il est aussi marié. Si l'adultère est révélé, l'époux trahi est légalement en droit de châtier l'amant de son épouse. Même si celle-ci est consentante, la relation adultérine est considérée comme un viol aux yeux de la loi et doit être sévèrement punie (souvent la peine de mort). Cette perception est originaire du mythe du viol de Lucrèce par Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome.

La poésie et les écrits font mention d'une réalité qui trouve ses ancrages souvent bien loin de l'image idéalisée présentée par les écrits de l'élite. En effet, plusieurs chroniqueurs et poètes antiques parlent de mœurs débridées (les écrits qui condamnent ces pratiques jugées dégradantes sont encore plus nombreux avant que Jules César ne soit élu dictateur à vie). On parle de pratiques sexuelles jugées offensantes, d'orgies de plus en plus nombreuses et de polygamie parfois avouée et officialisée et ce, peu importe la classe sociale.

Il est aussi normal pour un citoyen romain d'avoir des relations sexuelles avec les femmes qu'avec les hommes. Le seul interdit qui subsiste est celui de la passivité. Si un Romain veut coucher avec un homme, il doit le faire en ayant toujours une position de domination et être actif lors de la relation sexuelle. Tout comme la ville de Rome, le citoyen ne doit jamais être pénétré, mais doit être pénétrant. Néanmoins, la pédérastie est strictement prohibée chez les Romains, contrairement à la culture grecque qui la considérait comme un rite initiatique et éducatif.

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Scène d'homosexualité masculine, sur amphore.

Quant aux relations homosexuelles entre femmes, celles-ci sont généralement mal vues. Si une femme s'adonne à des plaisirs saphiques, elle le fait généralement en cachette et avec des esclaves. Tout comme il est interdit pour une citoyenne de s'adonner à des plaisirs charnels avec un membre d'une classe égale à la sienne, il lui est aussi défendu de s'y adonner avec une autre femme de même classe.

La femme : sexuée et sexuelleModifier

Si, durant la gloire de la République, les femmes qui se comportent en vraies matronae, chastes, pures et juvéniles, sont encensées et louées par tous les hommes, le modèle de beauté (aussi bien extérieur qu'intérieur) a légèrement évolué sous l'impulsion de l'importation du modèle sociétaire grec. En effet, dès le IIe siècle avant J.-C., la société romaine se passionne pour tout ce qui représente la culture hellénistique et cet engouement se répercute jusque dans la sphère sexuelle. On délaisse peu à peu le modèle de l'épouse chaste et enfantine pour embrasser un modèle plus plantureux de la femme, plus sexué et sexuel. La sophistication des épouses est toujours très prisée, mais il est conjugué à un attrait pour la sensualité et la sexualité d'une épouse expérimentée en la matière. On ne se contente plus que de la position du missionnaire (position qui ne sert que lors de la reproduction) et on expérimente de nouvelles expériences venues d'Égypte, d'Orient et de Mésopotamie. La beauté de la femme devient proportionnelle à son talent en tant qu'amante et à sa liberté sexuelle.

La prostitutionModifier

La prostitution est monnaie courante durant l'Antiquité. Bien loin d'être cachée, on s'y adonne sans hésitation et il n'est pas rare qu'on scelle une entente politique en défrayant les coûts d'une prostituée lorsqu'on tente de s'assurer l'appui d'un membre de la nobilitas. Les prostituées sont issues, la plupart du temps, de la caste des esclaves et il est très rare qu'une prostituée fasse fortune. Toutefois, il existe plusieurs types de bordels ou de maisons closes qui sont destinées à une classe sociale en particulier. Les prostituées « de luxe » peuvent s'attirer certaines faveurs de la part de riches citoyens, mais ne peuvent aspirer à une certaine mobilité sociale. Si elles sont un peu plus riches que leurs consœurs qui œuvrent dans un milieu plus pauvre, elles ont un rang hiérarchique égal au leur.

Il y a également des esclaves mâles qui s'adonnent à la prostitution. Toutefois, ils ne sont pas destinés à servir une clientèle féminine, puisque les femmes ne peuvent bénéficier légalement des services offerts par une maison close.

En outre, la prostitution est une réelle institution. Celle-ci est gérée par les édiles curules et les maisons closes sont tenues de respecter les lois romaines pour conserver leurs privilèges. Les prostituées doivent s'enregistrer et sont recensées. Malgré le fait que la prostitution est légale et encadrée, elle est considérée comme infâme et fait partie des métiers disgracieux. Les prostituées sont placées sous l'égide d'un leno ou d'une lena qui agissent comme des intermédiaires entre les clients et les prostituées. Autant d'hommes que de femmes peuvent exercer ce métier.

Sources et référencesModifier

  1. Pierre-André Bizien, « Rome dévêtue : atours pudiques, saveurs sensuelles. », en ligne, http://pierreandrebizien.centerblog.net/7-rome-devetue-atours-pudiques-saveurs-sensuelles.
  2. Florence Dupont, « La matrone, la louve et le soldat : pourquoi des prostitué(e)s ingénues à Rome ? », Dans Clio : Histoire, Femmes et Sociétés, collectif ProstituéEs, Presses universitaires du Mirail, n° 17, 2003, en ligne, http://books.google.ca/books?hl=fr&lr=&id=zC2vge41Si4C&oi=fnd&pg=PA21&ots=ZLYTTRz_SI&sig=GCgSqYsj4juKoxr3AfJVxE5LIAM#v=onepage&q&f=false.
  3. Marguerite Johnson et Terry Ryan, Sexuality in Greek and Roman Society and Literature : A Sourcebook, Éditions Routeledge : Taylor and Francis, 2005.

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